Quand la vie quotidienne devient un troisième partenaire dans le couple
On parle souvent d’amour, de passion, de désir… On parle beaucoup moins de ce qui, dans la vraie vie, use les nerfs, fige la libido et transforme l’intimité en dernière ligne d’une to-do list interminable : la charge mentale. Cette charge invisible, essentiellement cognitive et émotionnelle, regroupe tout ce que l’on pense en permanence pour que “la vie tourne” : anticiper, organiser, planifier, vérifier, penser pour deux, trois, quatre personnes. Et ce qui fatigue l’esprit finit inévitablement par fatiguer le désir.
La charge mentale : une réalité invisible… mais mesurable
Elle ne se voit pas, mais elle s’accumule. Pour beaucoup de femmes hétérosexuelles, elle dépasse largement les tâches ménagères : elle touche la parentalité, l’organisation familiale, la gestion émotionnelle, l’École, la maison, les rendez-vous médicaux, les dates d’anniversaire, les listes de courses, les repas, les imprévus… Ce n’est pas une question de bonne volonté mais de surcharge cognitive, un phénomène documenté par la psychologie (Sweller, Cognitive Load Theory) et les sciences sociales (Hochschild, The Second Shift). Quand le cerveau est saturé, il réduit les capacités disponibles pour :
-
la spontanéité,
-
l’attention,
-
le jeu,
-
la disponibilité émotionnelle,
-
la libido.
Autrement dit : le cerveau fait passer le désir en mode économie d’énergie.
Pourquoi la charge mentale détruit le désir
1. Elle tue la disponibilité intérieure
Le désir n’apparaît pas dans un cerveau saturé. Il a besoin d’espace, de respiration, d’un minimum de relâchement. La charge mentale, elle, fait exactement l’inverse.
2. Elle crée du ressentiment
Quand l’un porte beaucoup et l’autre peu, l’intimité se transforme. La personne surchargée ne se sent plus vue, plus soutenue, plus désirée… Et le désir, pour fleurir, a besoin de réciprocité et de reconnaissance.
3. Elle inverse les rôles
La personne qui porte tout finit par se sentir comme la “mère” ou le “coach de vie” de l’autre. Le couple glisse dans une dynamique asymétrique, qui n’a plus rien d’érotique.
4. Elle crée de la fatigue chronique
La libido n’est pas un bouton magique. Elle dépend directement du niveau de stress, de fatigue et de charge cognitive.
Les conséquences dans l’intimité du couple
Lorsque la charge mentale explose, la sexualité devient rare, mécanique, soit évitée, soit sur-responsabilisée, ou encore déconnectée de l’émotion. L’un peut alors se sentir rejeté, tandis que l’autre se sent débordé·e. Mais les deux se sentent incompris. Derrière les phrases “Je suis fatiguée”, “pas maintenant”, “je n’ai pas la tête à ça”, il y a une vérité rarement nommée : le désir n’a plus de place pour respirer.
Comment la thérapie de couple et la sexothérapie peuvent aider
En consultation, on observe que ce n’est pas un problème de libido. C’est un problème de système. On travaille alors sur, la répartition réelle (pas théorique) des charges, les attentes implicites et répétés, les micro-injustices du quotidien, la communication émotionnelle, la place du repos mental, la réintroduction du jeu, du corps et de la légèreté. Le désir repart rarement parce qu’on “force” la sexualité. Il revient parce qu’on allège le mental et qu’on redonne de la place au plaisir.
Quand consulter ?
Il est temps de consulter quand vous vous sentez épuisé·e mentalement, la sexualité devient source de tension, la dynamique de couple ressemble à un rôle “parent/enfant”, les disputes tournent autour du partage des tâches, vous ne vous reconnaissez plus dans votre désir. La sexothérapie permet de remettre de la clarté, de redistribuer les rôles, d’apaiser le quotidien et de réouvrir un espace pour l’intimité.
Le désir a besoin d’un couple… pas d’une équipe logistique
Le désir n’est pas fragile. Il est simplement incompatible avec une surcharge permanente. Quand la charge mentale diminue, l’espace intérieur se réouvre. Et avec lui, la disponibilité, la curiosité, la sensualité, l’envie de l’autre. Le désir n’est jamais mort : il est juste enseveli sous trop de choses à penser.
Lire aussi : Quand l'un évolue et l'autre non.
Où trouver de l’aide ?
Marina Wallet est sexothérapeute et thérapeute de couple à Thiant, entre Valenciennes et Denain. Elle accompagne les personnes et les couples, quels que soient leur genre ou leur orientation, avec une approche humaine, confidentielle et engagée. Ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation thérapeutique personnalisée.
En savoir plus sur mon accompagnement en sexothérapie et thérapie de couple
Références
Hochschild, A. (1989). The Second Shift (travail domestique et charge mentale).
Sweller, J. (1988). Cognitive Load Theory (charge cognitive).
Gottman, J. (1999). The Seven Principles for Making Marriage Work (dynamique conjugale & ressentiment).
Perel, E. (2006). Mating in Captivity (désir & quotidien).