Chaque année, le cancer du sein touche plus de 61 000 femmes en France. Au-delà des traitements, cette épreuve transforme la vie intime et relationnelle : le corps change, l’image de soi se fragilise, le désir diminue, et la communication dans le couple devient complexe. Pourtant essentielle au bien-être émotionnel, la sexualité est encore trop souvent mise au second plan dans les soins.
Les répercussions sur la femme
Les effets secondaires des traitements sont nombreux et pèsent directement sur la sexualité. Beaucoup de femmes rapportent une sécheresse vaginale, des douleurs lors des rapports, une fatigue persistante ou une diminution du désir. Les cicatrices, la perte d’un sein ou la transformation du corps peuvent altérer le sentiment de féminité et l’image de soi. Ces bouleversements physiques s’accompagnent d’une charge émotionnelle importante : anxiété, sentiment de perte, honte parfois. L’intimité est fragilisée et il devient difficile de se réapproprier un corps que l’on ne reconnaît plus.
Les répercussions sur le couple
Le partenaire vit lui aussi des changements considérables. Nombreux sont ceux qui expriment la peur de blesser, l’impression de ne plus savoir comment s’approcher, ou encore un sentiment d’impuissance face aux douleurs et à la fatigue de la femme. Le désir peut diminuer des deux côtés, entraînant des malentendus et des frustrations. Peu à peu, le silence s’installe, les gestes se raréfient, et la complicité se délite, alors même que le couple aurait besoin de force et de proximité.
Quand les enfants et les aidants sont touchés
La maladie n’impacte pas seulement le couple, elle touche aussi toute la cellule familiale. Les enfants, même très jeunes, perçoivent les tensions, la fatigue et la souffrance. Sans explication adaptée, ils peuvent développer une grande anxiété ou un sentiment de culpabilité. Les proches aidants, qu’il s’agisse de parents, d’amis ou de membres de la fratrie, portent une charge émotionnelle lourde. Ils mettent souvent leurs propres besoins de côté et s’exposent à l’épuisement. Cette pression supplémentaire rejaillit sur la vie familiale et conjugale, accentuant encore les difficultés.
Le rôle du sexothérapeute de couple
Dans ce contexte, le·la sexothérapeute agit comme un passeur entre le vécu corporel, émotionnel et relationnel. L’accompagnement permet d’abord à la femme de se réconcilier avec son corps, de retrouver confiance et de réapprendre à percevoir du plaisir à son rythme. Des exercices progressifs, sensoriels ou de relaxation peuvent aider à se réapproprier une corporalité transformée. Le travail se poursuit au sein du couple, en ouvrant un espace de dialogue où les non-dits laissent place à la parole. Chacun peut exprimer ses besoins, ses limites, ses peurs ou ses envies. La sexualité se réinvente : elle n’est plus nécessairement centrée sur la pénétration, mais explore d’autres formes d’intimité, fondées sur la tendresse, les caresses, les massages et l’érotisme sensoriel. L’objectif n’est pas de retrouver à tout prix “l’avant”, mais de construire un “après” qui reste vivant et épanouissant. Le partenaire bénéficie lui aussi de ce soutien. Le·la sexothérapeute lui permet d’exprimer ses doutes, de comprendre les transformations vécues par la femme, et d’apprendre à se positionner avec délicatesse et respect. Les aidants, notamment les enfants, peuvent également trouver leur place dans ce processus. Mettre des mots simples sur la maladie, rassurer, redonner un rôle à chacun permet de limiter les répercussions invisibles mais bien réelles que la maladie impose à l’ensemble de la famille. Le travail du·de la sexothérapeute s’inscrit toujours en complément de la médecine. En lien avec l’oncologue, le gynécologue, les kinésithérapeutes, la socio-esthéticienne ou encore le psychologue, il ou elle propose des solutions adaptées, qu’il s’agisse de conseils pratiques, d’orientation vers des traitements ou de soutien émotionnel.
Le cancer du sein bouleverse bien plus que le corps : il fragilise l’intimité, le couple et la famille tout entière. L’accompagnement par un·e sexothérapeute de couple offre un espace pour retrouver confiance, préserver le lien amoureux et redonner une place au désir. La maladie impose de nouveaux repères, mais elle n’empêche pas de continuer à aimer et à partager une complicité. Le rôle du·de la thérapeute est de montrer qu’une autre manière d’être en lien, tendre et vivante, reste toujours possible.
Marina Wallet est sexothérapeute et thérapeute de couple à Thiant, entre Valenciennes et Denain. Elle accompagne les personnes et les couples, quels que soient leur genre ou leur orientation, avec une approche humaine, confidentielle et engagée. Ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation thérapeutique personnalisée.
En savoir plus sur mon accompagnement en sexothérapie et thérapie de couple
À lire aussi : Oser franchir la porte d’un·e thérapeute : comment se passe une séance ?
Sources et références
-
Santé publique France / Institut National du Cancer – Statistiques 2023 sur le cancer du sein
-
Institut Curie – Enquête sur la sexualité après un cancer du sein (2023)
-
PMC – National Center for Biotechnology Information (NCBI) – Sexual dysfunction in breast cancer survivors (2021, cohorte de 378 patientes)
-
Centre Léon Bérard (Lyon) – Entretien avec Audrey Thisse, sexologue, « Cancer & Sexualité » (2022)
-
Ramsay Santé – « Cancer et sexualité, oui c’est possible » (2022)
-
Ligue contre le cancer – Sexualité et cancer, ressources patients