Post-cancer de la prostate : comment la sexothérapie aide à retrouver une vie intime

Publié le 22 octobre 2025 à 21:42

Guérir du cancer, mais à quel prix pour la sexualité ?

Guérir d’un cancer de la prostate est une victoire. Mais beaucoup d’hommes découvrent que la bataille ne s’arrête pas là. Chirurgie, radiothérapie, hormonothérapie : ces traitements sauvent des vies, mais laissent souvent des cicatrices invisibles. Troubles de l’érection, baisse de désir, changement du rapport au corps… autant de réalités intimes dont on parle peu, mais qui fragilisent la confiance en soi et la complicité dans le couple.

Illustration d’un homme avec un ruban bleu de sensibilisation, symbolisant le cancer de la prostate et les enjeux de santé sexuelle après les traitements.

Les conséquences invisibles du cancer de la prostate

Les traitements modifient profondément la vie sexuelle. La chirurgie radicale peut endommager les nerfs responsables de l’érection. La radiothérapie fragilise les tissus, entraînant douleurs ou rigidité du pénis. L’hormonothérapie, enfin, diminue la production de testostérone et avec elle le désir sexuel.

Les études sont claires : après une prostatectomie radicale, 56 à 66 % des hommes connaissent une dysfonction érectile, selon que les nerfs ont pu être préservés ou non. Une recherche plus récente montre que plus de 90 % des patients rapportent des troubles de l’érection, 82,9 % une perturbation de l’éjaculation et près de 70 % un changement anatomique du pénis. Ces chiffres soulignent une réalité encore trop peu abordée : les séquelles sexuelles sont la norme plutôt que l’exception.

La virilité mise à l’épreuve

Au-delà du physique, c’est toute l’identité masculine qui est bousculée. Ne plus avoir d’érection comme avant, perdre l’éjaculation, voir son désir diminuer : ces transformations sont parfois vécues comme une atteinte à la virilité. Beaucoup d’hommes se taisent, par honte ou par peur de blesser leur partenaire. Le silence devient un refuge, mais il isole et fragilise davantage.

Homme faisant un geste de silence avec le doigt sur la bouche, illustrant le non-dit, la honte et l’isolement vécus autour de la sexualité après un cancer de la prostate.

Quand le silence s’installe dans le couple

Le cancer ne touche pas seulement la personne malade. Il bouleverse toute la dynamique conjugale. Certains hommes évitent l’intimité par peur d’échouer, tandis que leurs partenaires hésitent à aborder le sujet pour ne pas ajouter de pression. Résultat : le couple s’installe dans un non-dit qui mine la complicité et renforce le sentiment de solitude. Cette solitude à deux est d’autant plus douloureuse que la sexualité, dans ses dimensions de tendresse et de plaisir, reste un besoin fondamental de l’être humain. Ne pas en parler, c’est laisser une part essentielle de la vie de côté.

Pourquoi consulter en sexothérapie après un cancer de la prostate ?

La sexothérapie n’est pas seulement un espace pour parler de sexualité. C’est un lieu pour :

  • Mettre des mots sur les bouleversements vécus dans le corps et dans le couple.

  • Exprimer ses craintes sans peur du jugement.

  • Explorer d’autres formes de plaisir : caresses, intimité non pénétrative, jeux érotiques.

  • Redonner confiance en soi et en sa capacité à être désirable.

  • Travailler en couple pour reconstruire la complicité et sortir du tabou.

Une consultation de sexothérapie n’efface pas les séquelles physiques. Mais elle permet d’apprivoiser ce nouveau corps, d’en parler ouvertement et d’inventer d’autres façons de vivre la sexualité.

Homme se regardant dans le miroir lors d’un soin du visage, illustrant la réappropriation du corps et de l’image de soi après un cancer de la prostate.

Après le cancer, un nouveau défi : retrouver son intimité

La guérison médicale marque la fin d’un combat. Mais elle ouvre aussi un nouveau défi : celui de la reconstruction intime. C’est souvent à ce moment que la sexothérapie prend tout son sens.

Avec un suivi adapté, il devient possible de :

  • Se réapproprier son corps pas à pas.

  • Réinventer l’érotisme, en dehors de la performance et de la pénétration.

  • Redonner au couple des moments de complicité, sans pression de résultat.

Beaucoup découvrent alors qu’une sexualité différente n’est pas une sexualité appauvrie. Au contraire : plus tendre, plus créative, libérée des attentes de performance, elle peut devenir une source nouvelle d’épanouissement.

Une nouvelle définition de la sexualité masculine

La maladie oblige à changer de regard : la sexualité n’est pas uniquement une érection ou une pénétration. Elle est aussi caresse, tendresse, regard, complicité. La sexothérapie accompagne cette redéfinition, en aidant les hommes et leurs partenaires à élargir leur conception du plaisir.

C’est dans ce changement de perspective que beaucoup trouvent une renaissance. La sexualité ne s’arrête pas avec le cancer de la prostate : elle se transforme, et peut redevenir vivante, joyeuse, sensuelle.

Le cancer de la prostate change la vie, mais il ne signe pas la fin de l’intimité. Les traitements laissent des traces physiques et psychologiques, mais un accompagnement adapté permet de dépasser ces obstacles. En sexothérapie, les hommes et les couples trouvent un espace pour parler, comprendre, expérimenter et reconstruire. Car la guérison ne concerne pas seulement le corps : elle passe aussi par le cœur, le désir et le lien.

Marina Wallet est sexothérapeute et thérapeute de couple à Thiant, entre Valenciennes et Denain. Elle accompagne les personnes et les couples, quels que soient leur genre ou leur orientation, avec une approche humaine, confidentielle et engagée. Ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation thérapeutique personnalisée.

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Sources et références

  • Sources : INCa, Association Française d’Urologie, Nature Reviews Urology (2023), ScienceDirect (2025), JAMA (Fred Hutchinson Cancer Center).