Je l'aime encore. Alors pourquoi je n'ai plus envie ?

Publié le 22 juin 2026 à 16:06

« Je l'aime. J'aime discuter avec lui. J'aime le voir rire avec les enfants. J'aime nos habitudes. J'aime notre histoire. Mais quand il m'embrasse, quelque chose ne répond plus. Et c'est précisément ce qui me fait peur. » Peut-être que vous vous reconnaissez dans ces mots. Peut-être que vous vous surprenez à éviter les moments d'intimité, à espérer qu'il ou elle s'endorme avant vous, à ressentir une forme de tendresse sincère, mais plus ce désir qui semblait autrefois si naturel. Alors les questions arrivent : « Est-ce que je ne l'aime plus ? », « Est-ce que notre couple est terminé ? », « Est-ce normal de ne plus avoir envie de son partenaire ? » Ces interrogations sont souvent accompagnées de culpabilité, de tristesse et parfois même de honte. Pourtant, une réalité mérite d'être entendue : aimer quelqu'un et avoir envie de lui sont deux expériences différentes. Et lorsque le désir s'éloigne, cela ne signifie pas forcément que l'amour a disparu.

Vous vous posez ces questions depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois ? Plus une inquiétude reste seule dans votre tête, plus elle prend de place. En parler permet souvent de sortir des suppositions et de retrouver de la clarté.

Peut-on aimer quelqu'un sans avoir envie de lui ?

La réponse est oui, et c'est même une situation beaucoup plus fréquente qu'on ne l'imagine. Nous avons souvent grandi avec l'idée que l'amour et le désir avancent ensemble, que si l'un disparaît, l'autre suivra inévitablement. Dans la réalité des couples, les choses sont bien plus nuancées : on peut aimer profondément son partenaire tout en traversant une période où le désir semble absent, on peut continuer à admirer l'autre, à prendre soin de lui, à vouloir construire ensemble, tout en ne ressentant plus cette impulsion spontanée qui poussait autrefois vers la sexualité. Ce paradoxe est souvent difficile à accepter parce qu'il remet en question tout ce que nous pensions savoir sur l'amour. Pourtant, le désir n'est pas une preuve d'amour. Et l'absence de désir n'est pas une preuve de désamour.

Pourquoi le désir disparaît parfois alors que l'amour est toujours là ?

Lorsqu'une personne me dit : « Je l'aime mais je n'ai plus envie », la première chose que j'évite est de réduire la situation à une simple question de sexualité car le désir ne vit jamais dans une bulle. Il est profondément influencé par ce qui se passe dans notre vie, dans notre corps, dans notre relation et dans notre quotidien. Parfois, c'est la fatigue (pas la fatigue d'une mauvaise nuit !). La fatigue qui s'accumule pendant des mois, celle qui laisse l'impression d'avancer en permanence avec une batterie presque vide. Dans cet état, le corps cherche souvent le repos avant la connexion. D'autres fois, c'est la charge mentale avec des listes de tâches qui tournent en boucle : les rendez-vous à ne pas oublier, les enfants, le travail, les responsabilités familiales. Quand l'esprit reste mobilisé du matin au soir, il devient difficile de se rendre disponible à une expérience qui demande justement de lâcher prise. La parentalité joue également un rôle important car l'arrivée d'un enfant transforme profondément l'équilibre du couple. Le temps disponible change, le rapport au corps évolue, les rôles se redistribuent. Certaines personnes découvrent qu'elles aiment toujours leur partenaire, mais qu'elles peinent à retrouver leur place de femme, d'homme, d'amant ou d'amante derrière celle de parent, parfois, le désir s'éloigne à cause de blessures relationnelles, une accumulation de déceptions, des disputes jamais vraiment digérées, des besoins qui n'ont pas été entendus, des remarques qui ont laissé une trace. Rien de spectaculaire, simplement des petites fissures qui, avec le temps, finissent par créer une distance émotionnelle. Le ressentiment silencieux est souvent sous-estimé. Certaines personnes vivent depuis des années avec des frustrations qu'elles n'expriment plus et elles ont cessé de se plaindre ou de demander. Mais elles n'ont pas cessé de ressentir, et il est difficile d'avoir envie d'une personne envers laquelle une partie de soi continue de porter une colère ou une déception non résolue. Il existe aussi une autre réalité dont on parle peu : le désir change naturellement au fil du temps. Les débuts d'une relation sont portés par la nouveauté, la découverte et l'incertitude. Une relation longue repose davantage sur la sécurité, l'attachement et la stabilité. Ces deux dynamiques sont précieuses, mais elles ne produisent pas toujours les mêmes sensations. Beaucoup de couples interprètent cette évolution comme un problème alors qu'elle fait souvent partie du développement normal de la relation.

Vous avez identifié plusieurs causes possibles dans cette liste ? C'est souvent un premier signe rassurant : il existe généralement des explications à ce que vous vivez. Un accompagnement permet de distinguer ce qui relève d'une période difficile de ce qui nécessite un travail plus approfondi.

Pourquoi cette situation fait si peur ?

Parce qu'elle touche à quelque chose de très profond. Lorsque le désir disparaît, beaucoup de personnes concluent immédiatement qu'elles sont en train de perdre leur amour. Elles se mettent à surveiller leurs émotions, à analyser chaque réaction, à comparer avec le passé, à chercher une preuve que quelque chose est cassé. Cette inquiétude nourrit souvent un cercle difficile : plus on observe l'absence de désir, plus on s'inquiète. Et plus on s'inquiète, plus la pression augmente. Et plus la pression augmente, plus le désir devient difficile à ressentir. Certaines personnes commencent même à éviter toute proximité physique. Non pas parce qu'elles rejettent leur partenaire, mais parce qu'elles craignent ce qui pourrait suivre. Le moindre câlin devient chargé d'attentes, le moindre geste tendre risque d'être interprété comme une invitation sexuelle, donc peu à peu, la distance s'installe, renforçant la peur initiale.

femme mains sur son nez pour illustrer sa peur, sa tension.

Le problème est-il vraiment le désir ?

Pas toujours ! La sexualité est souvent l'endroit où le couple remarque que quelque chose ne va plus, mais elle n'est pas forcément la cause du problème. Elle en est parfois le révélateur, comme un voyant qui s'allume sur le tableau de bord. Le voyant attire l'attention, mais ce n'est pas lui qui crée la panne. Derrière une perte de désir dans le couple, il peut y avoir un besoin de reconnaissance qui n'est plus nourri, un sentiment de solitude, une communication devenue superficielle, une accumulation de tensions, une difficulté à se sentir désiré·e, une image corporelle fragilisée, un épuisement émotionnel, ou simplement une relation qui a besoin d'être réinvestie autrement. Lorsque l'on se focalise uniquement sur le désir, on risque parfois de passer à côté de ce qui cherche réellement à être entendu.

Beaucoup de personnes attendent que la situation s'améliore seule. Pourtant, plus une difficulté relationnelle s'installe, plus elle devient la nouvelle norme du couple. Agir tôt permet souvent d'éviter des mois, voire des années, de souffrance silencieuse.

Peut-on retrouver du désir ?

La question mérite une réponse honnête. Oui, il est possible de retrouver du désir, mais rarement en essayant de le forcer. Le désir ne répond généralement pas aux injonctions, ne revient pas parce qu'on se répète qu'il devrait être là (il ne revient pas davantage sous l'effet de la culpabilité). Dans de nombreux couples, le travail consiste plutôt à comprendre ce qui a progressivement éloigné le désir, à recréer des conditions favorables à sa réapparition, à retrouver de la sécurité émotionnelle, à remettre du mouvement là où tout semble figé, ou redécouvrir l'autre autrement que dans les rôles du quotidien. Parfois, le désir revient, parfois, il se transforme, parfois encore, il oblige le couple à repenser certaines choses importantes. Chaque histoire est différente, et c'est précisément pour cette raison qu'il n'existe pas de recette universelle.

Comment un accompagnement peut aider ?

Lorsque la question du désir devient source de souffrance, il peut être utile de ne plus porter seul·e toutes ces interrogations. En consultation, l'objectif n'est pas de juger votre relation ni de vous dire ce que vous devriez ressentir. Il s'agit d'abord de comprendre. Comprendre ce qui se joue derrière cette absence d'envie, ce que votre histoire de couple traverse aujourd'hui, ou ce que votre corps, vos émotions ou votre relation essaient peut-être d'exprimer. Selon les situations, le travail peut porter sur la communication, les blessures relationnelles, les attentes implicites, la charge mentale, la place du désir dans le couple ou encore les changements de vie qui ont bouleversé l'équilibre relationnel. L'idée n'est pas de retrouver à tout prix ce qui existait il y a dix ans, mais de construire quelque chose qui ait du sens pour vous aujourd'hui. Ce que vous pouvez attendre d'une première consultation ? Un espace confidentiel et sans jugement, une écoute attentive de votre situation, une compréhension plus claire de ce qui se joue actuellement, des pistes concrètes adaptées à votre histoire, et la possibilité de venir seul·e ou en couple selon vos besoins.

Ce qu'il faut retenir

Si vous vous dites régulièrement : « Je n'ai plus envie de mon partenaire. »,  « Je n'ai plus envie de mon mari. », « Je n'ai plus envie de ma femme. », « Je l'aime mais je n'ai plus envie. », sachez que vous n'êtes pas seul·e, et surtout, ne concluez pas trop vite que votre histoire est terminée. L'absence de désir est parfois le signe d'un désamour. Mais bien souvent, elle raconte quelque chose de plus complexe. Quelque chose qui mérite d'être entendu, exploré et compris. Prendre le temps d'en parler peut déjà soulager une partie du poids que vous portez. Et parfois, cela permet de retrouver des pistes que l'on ne voyait plus.

Parler avec un professionnel permet souvent de mettre des mots sur ce qui semblait confus, et d'y voir plus clair. Vous n'avez pas à traverser cela seul·e. Un espace d'écoute existe pour vous aider à comprendre ce que vous vivez et envisager la suite avec davantage de sérénité.

Marina Wallet, sexothérapeute et thérapeute de couple à Thiant (59224), près de Valenciennes, accompagne les personnes et les couples confrontés aux difficultés relationnelles et intimes, dans un espace d'écoute, de compréhension et de réflexion adapté à leur histoire.

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