« On ne peut plus rien se dire sans que ça parte en dispute. » Ou parfois : « On parle, mais on ne se comprend plus. » C’est une phrase que j’entends régulièrement en consultation, et souvent, le problème n’est pas que les partenaires ne parlent plus du tout. Au contraire ! Ils parlent parfois beaucoup. Du travail, des enfants, des courses, des rendez-vous, de qui doit faire quoi. Mais dès qu’il faut parler de la relation, d’une blessure, d’un besoin ou d’un désaccord, quelque chose se bloque. L’un·e explique, l’autre entend un reproche. L’un·e se défend, l’autre hausse le ton. Puis chacun·e ressort de la conversation avec la même impression : « De toute façon, il ou elle ne me comprend pas. » Alors comment deux personnes qui s’aiment peuvent-elles finir par ne plus réussir à se parler ? Et surtout : comment sortir de ces conversations qui tournent toujours en rond ?
Pourquoi la communication se dégrade-t-elle dans un couple ?
Rarement parce qu’un matin les deux partenaires ont décidé de mal communiquer. Cela se construit progressivement. Une petite frustration n’est pas exprimée, puis une deuxième. On suppose que l’autre devrait comprendre. On répète plusieurs fois la même chose, on se sent de moins en moins entendu·e. Alors le message devient plus fort, puis plus sec, et parfois plus accusateur. Au lieu de dire : « J’aurais besoin que tu participes davantage parce que je me sens débordé·e. » on finit par dire : « De toute façon, tu ne fais jamais rien. » Le besoin existe toujours, mais il est maintenant entouré de tellement de frustration que l’autre n’entend plus forcément le besoin. Il entend surtout : « Tu es nul·le. » Et la défense arrive ! C’est ainsi que beaucoup de conversations deviennent progressivement des affrontements alors qu’au départ, une personne essayait simplement de dire : « J’ai besoin que quelque chose change. »
Critiquer un comportement ou attaquer la personne : ce n’est pas la même chose
Dans l’approche développée par John Gottman, une distinction importante est faite entre exprimer une plainte concernant une situation précise et critiquer la personnalité du ou de la partenaire. Dire : « J’aurais aimé que tu me préviennes que tu serais en retard » ne produit pas le même effet que : « Tu ne penses jamais à personne. Tu es égoïste. » Dans le premier cas, on parle d’un comportement. Dans le second, c’est la personne entière qui est attaquée.
Le Gottman Institute identifie quatre modes de communication particulièrement problématiques lorsqu’ils deviennent habituels : la critique, le mépris, la défensive et le retrait de la conversation. Cela ne veut évidemment pas dire que la présence d’un de ces comportements condamne automatiquement une relation. Nous les utilisons presque tou·tes ponctuellement. Ce qui devient problématique, c’est lorsqu’ils deviennent la manière habituelle de gérer les désaccords.
Pourquoi avez-vous l’impression de répéter toujours la même dispute ?
Parce que très souvent, le sujet visible n’est pas le seul sujet. Prenons un classique : la vaisselle. Une personne dit : « Tu aurais pu vider le lave-vaisselle. » L’autre répond : « Je viens à peine de rentrer, tu pourrais me laisser respirer cinq minutes. » Quelques minutes plus tard, on ne parle plus du lave-vaisselle. On parle de tout ! « Je dois toujours tout faire. » « Tu n’es jamais content·e. » « Je ne peux rien faire correctement avec toi. » « Je ne peux jamais compter sur toi. » Le lave-vaisselle vient de prendre une sacrée promotion, parce qu’en réalité, derrière le conflit peuvent se cacher des questions beaucoup plus importantes : « Est-ce que tu vois mes efforts ? » « Est-ce que je peux compter sur toi ? » « Est-ce que ce que je fais est suffisamment reconnu ? » « Est-ce que j’ai de la valeur à tes yeux ? » Tant que le couple se dispute uniquement sur le sujet visible, la discussion risque de revenir. Encore. Et encore.
Vous tournez toujours autour des mêmes disputes ?
La thérapie de couple peut aider à comprendre ce qui se joue réellement derrière les conflits et à modifier les mécanismes qui se répètent.
Pourquoi se défendre ne résout généralement pas le conflit
Lorsque nous nous sentons attaqué·es, nous nous défendons. C’est humain. Votre partenaire dit : « Tu ne m’écoutes jamais. » Et votre cerveau répond immédiatement : « C’est faux ! La semaine dernière je t’ai écouté·e pendant une heure ! » ou « Et toi alors ? Tu crois que tu m’écoutes ? » À cet instant, chacun·e essaie de démontrer que le problème vient de l’autre. Et personne ne se sent entendu·e. Dans le modèle de Gottman, la défensive est justement décrite comme un
mécanisme qui tend à renvoyer la responsabilité vers le ou lapartenaire et à faire escalader le conflit. Une alternative consiste à reconnaître sa part de responsabilité, même lorsqu’elle n’est que partielle. Par exemple « Je comprends que tu te sois senti·e seul·e hier. J’étais vraiment peu disponible. », cela ne signifie pas « Tout est ma faute. ». Cela signifie « Je peux reconnaître ta réalité sans devoir annuler la mienne. » Et cette nuance change énormément de choses.
Écouter ne veut pas forcément dire être d’accord
C’est probablement l’un des malentendus les plus fréquents dans la communication de couple. On pense parfois « Si je reconnais ce qu’il ou elle ressent, je reconnais aussi qu’il ou elle a raison. ». Pas du tout. Vous pouvez dire : « Je comprends que tu aies eu l’impression d’être mis·e de côté. » sans dire : « J’ai volontairement décidé de t’ignorer. » Vous pouvez comprendre une émotion sans partager l’interprétation qui l’accompagne. Et parfois, c’est précisément ce dont l’autre personne a besoin avant de pouvoir entendre votre version. Parce que lorsque quelqu’un se sent incompris, il ou elle a tendance à répéter son message plus fort, avec davantage d’exemples, davantage d’arguments, davantage de frustration. Alors que se sentir entendu·e permet souvent au système de redescendre.
Et quand l’un·e veut parler mais que l’autre se ferme complètement ?
C’est un mécanisme fréquent. Une personne veut régler le problème maintenant, l’autre se tait, change de pièce, regarde son téléphone ou répond : « Ça ne sert à rien de parler. » La première personne peut vivre ce retrait comme du désintérêt. Alors elle insiste davantage, elle suit, elle pose plus de questions, elle demande une réponse, et plus elle poursuit, plus l’autre se ferme. Le modèle de Gottman parle notamment de stonewalling, ou retrait de l’échange, qui peut apparaître lorsqu’une personne se sent physiologiquement submergée par le conflit. Dans ces moments-là, poursuivre
immédiatement la conversation n’est pas toujours productif. Une pause peut permettre de diminuer l’activation émotionnelle avant de reprendre l’échange. Mais attention ! Faire une pause n’est pas disparaître pendant trois jours. Une pause sécurisante ressemble plutôt à « Là, je sens que je ne suis plus capable de discuter correctement. J’ai besoin de souffler. On reprend ce soir après le dîner. » Il y a une différence énorme entre se retirer de la relation et se réguler pour revenir dans la conversation.
Ce que j’observe en consultation
Lorsque des couples me disent « Notre problème, c’est la communication », je regarde rarement uniquement les mots employés. Je regarde surtout ce qui se passe entre eux pendant qu’ils communiquent. Qui poursuit ? Qui se retire ? Qui attaque ? Qui se défend ? À quel moment la conversation bascule ? Qu’est-ce que chacun·e entend derrière les paroles de l’autre ? Et surtout qu’est-ce que chacun·e essaie réellement d’obtenir ? Parce que derrière « Tu ne fais jamais attention à moi » il y a parfois « J’ai besoin de sentir que je compte pour toi. » Derrière « Laisse-moi tranquille » il peut y avoir « Je suis tellement submergé·e que je n’arrive plus à réfléchir. » Et derrière « Tu t’en fiches complètement » se cache parfois « J’ai besoin d’être rassuré·e sur notre lien. » Changer la communication ne consiste donc pas seulement à apprendre de « meilleures phrases ». Il faut aussi comprendre le cycle dans lequel le couple s’est enfermé.
Comment parler d’un problème sans déclencher immédiatement une dispute ?
Il n’existe pas de phrase magique, mais certaines façons d’ouvrir une conversation facilitent davantage l’échange. Au lieu de « Tu ne t’intéresses jamais à moi. » essayez de partir de votre expérience « En ce moment, je me sens assez seul·e et j’aimerais qu’on retrouve davantage de moments ensemble. » Vous pouvez vous aider de trois éléments simples : ce que j’observe « Ces dernières semaines, nous passons très peu de temps ensemble."
Ce que je ressens « Je me sens loin de toi. » Ce dont j’aurais besoin « J’aimerais qu’on se réserve un moment à deux cette semaine. » On parle alors davantage de ce qui se passe pour soi que de ce qui serait défectueux chez l’autre. Le Gottman Institute recommande également ce type de démarrage plus doux : exprimer le problème et le besoin plutôt que commencer par une attaque sur la personnalité du ou de la partenaire.
Quand envisager une thérapie de couple pour des problèmes de communication ?
Il peut être utile de se faire accompagner lorsque :
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les mêmes disputes reviennent régulièrement ;
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chaque tentative de discussion finit en conflit ;
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vous ne vous sentez plus entendu·e par votre partenaire ;
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l’un·e poursuit constamment les discussions pendant que l’autre se ferme ;
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les critiques et les reproches occupent beaucoup de place ;
- vous évitez certains sujets par peur de déclencher une dispute ;
- vous ne savez plus comment exprimer vos besoins sans blesser l’autre ;
- vous avez encore envie que la relation fonctionne mais ne savez plus comment vous parler.
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La thérapie de couple ne consiste pas à apprendre qui communique « bien » et qui communique « mal ». Elle permet plutôt d’observer ce que chacun·e fait lorsque la relation devient insécurisante, puis d’expérimenter une autre façon d’entrer en lien.
Vous avez l’impression que chaque conversation importante finit au même endroit ?
Je vous accompagne en thérapie de couple à Thiant, près de Valenciennes, pour comprendre vos mécanismes relationnels et retrouver un dialogue plus sécurisant.
Pour mieux communiquer, commencez par changer l’objectif
Avant une discussion difficile, posez-vous cette question « Est-ce que j’essaie de comprendre… ou est-ce que j’essaie de gagner ? » Parce que lorsque l’objectif devient de prouver que l’autre a tort, chacun·e rassemble ses arguments comme dans une salle d’audience, et franchement, peu de relations deviennent plus intimes après un interrogatoire contradictoire. Essayez plutôt « Qu’est-ce que je voudrais que mon ou ma partenaire comprenne de ce que je vis ? » Puis « Qu’est-ce que je n’ai peut-être pas encore compris de ce qu’il ou elle vit ? » Le conflit ne disparaît pas forcément, mais il change de fonction. Il ne sert plus uniquement à défendre sa position. Il peut commencer à devenir un endroit où l’on apprend quelque chose sur l’autre.
Questions fréquentes
Vous n’avez pas besoin d’attendre de ne plus avoir rien à vous dire
Les problèmes de communication deviennent souvent sérieux bien avant le silence complet. Ils commencent lorsque l’on parle beaucoup mais que l’on ne se sent plus entendu·e. Lorsque chaque désaccord devient une attaque, lorsque chacun·e commence à anticiper la réaction de l’autre avant même d’ouvrir la bouche. Ces mécanismes peuvent évoluer. Mais rarement en répétant exactement la même conversation plus fort.
Je vous accompagne en thérapie de couple à Thiant, près de Valenciennes, pour comprendre les cycles de communication qui se répètent et reconstruire progressivement un dialogue plus sécurisant.