Quand on parle du cancer du sein, on parle beaucoup du diagnostic, des traitements, des rendez-vous médicaux, de la fatigue, de la guérison. Mais beaucoup moins de sexualité. Comme si, dans tout ce qui se joue, cette partie-là devait forcément passer après. Et pourtant, elle existe. Après un cancer du sein, certaines femmes me disent qu’elles n’ont plus envie. D’autres ressentent encore du désir, mais ne se reconnaissent plus dans leur corps. Certaines ont peur d’avoir mal, d’autres évitent d’être touchées ou regardées. Et une question revient souvent : « Est-ce que je vais retrouver ma sexualité d’avant ? » La réponse n’est pas simple, parce qu’après un cancer du sein, la sexualité peut être touchée de plusieurs façons à la fois : physiquement, hormonalement, émotionnellement, mais aussi dans la relation de couple. Et surtout, il y a une chose importante à comprendre : ne plus avoir de désir ne signifie pas forcément ne plus aimer son partenaire. L’amour qui n'a pas forcément disparu. Le corps a besoin de temps.
Pourquoi le cancer du sein peut-il bouleverser la sexualité ?
Le désir ne fonctionne pas sur commande. On ne peut pas simplement se dire : « Les traitements sont terminés, maintenant je devrais avoir envie. » Le corps ne fonctionne pas comme ça. Pour ressentir du désir, il faut généralement pouvoir se sentir suffisamment disponible, suffisamment en sécurité, suffisamment détendue. Or pendant un cancer, le corps traverse énormément de choses : la fatigue, les traitements, les examens, les douleurs, les changements physiques, les inquiétudes, la peur de la récidive parfois. Pendant plusieurs mois, le corps peut aussi devenir un corps médical, un corps que l’on examine, que l’on soigne, que l’on opère, que l’on surveille. Et ce corps-là était peut-être, auparavant, aussi un corps que l’on touchait pour le plaisir. Passer de l’un à l’autre ne se fait pas toujours naturellement, et il est parfaitement compréhensible que cela prenne du temps.
Je n’ai plus de libido après mon cancer du sein : est-ce normal ?
Une baisse de libido peut effectivement apparaître pendant ou après les traitements. Mais derrière les mots « je n’ai plus envie », il peut se passer beaucoup de choses : il peut y avoir la fatigue, le stress, les modifications hormonales, les douleurs, la sécheresse vaginale, la sensation d'être déconnectée de son corps. Ou simplement cette impression d’avoir déjà tellement à gérer qu’il n’y a plus beaucoup de place mentale pour le désir.
C’est pour cela qu’il faut être prudente avec une pensée comme : « Je n’ai plus envie de lui, donc je ne l’aime plus. Parfois, la vraie question est plutôt : « Est-ce que je n’ai plus envie de mon partenaire… ou est-ce que je n’ai tout simplement plus suffisamment d’espace intérieur pour ressentir du désir en ce moment ? Et ça change beaucoup de choses.
Quand on ne reconnaît plus son corps
Le cancer du sein touche une partie du corps qui peut avoir une place particulière dans la féminité, la sensualité, le désir ou le regard sur soi. Alors forcément, une cicatrice, une mastectomie, une reconstruction, une perte de cheveux ou un changement de poids peuvent venir bouleverser cette image. Certaines femmes n’osent plus se regarder nues, d’autres se demandent : « Est-ce qu’il me trouve encore belle ? » Parfois même : « Est-ce qu’il ose me regarder ? » Et petit à petit, on évite certains gestes, on garde davantage ses vêtements, on détourne le regard, on ne laisse plus toucher certaines zones, et pas nécessairement parce qu’on ne veut plus de son partenaire, mais parce qu’on ne se sent plus complètement en sécurité avec son propre corps. Et quand on ne se sent pas bien dans son corps, il devient forcément plus difficile de se rendre disponible à l’intimité.
Et quand la sexualité devient douloureuse ?
C’est un point essentiel parce qu’on ne peut pas demander au désir de se présenter tranquillement lorsqu’on anticipe déjà la douleur. Si un rapport a été douloureux plusieurs fois, le cerveau apprend vite. Il se dit : « Attention, ça risque de faire mal. », et un cercle peut se mettre en place. On finit parfois par penser : « Je n’ai plus de libido. ». Alors qu’une partie de ce qui se joue est peut-être simplement : « Mon corps cherche à me protéger d’une expérience qu’il associe désormais à la douleur. »
Dans cette situation, se forcer pour « retrouver une sexualité normale » est rarement une bonne solution. La douleur doit d’abord être entendue. Et surtout, elle ne doit pas être banalisée. Si les rapports sont douloureux, il est important d’en parler avec un médecin, un gynécologue ou l’équipe qui assure le suivi après le cancer afin d’en rechercher la cause. La sexothérapie peut ensuite venir compléter cette prise en charge, notamment lorsqu’il reste de l’appréhension, de la peur ou de l’évitement.
Retrouver sa sexualité ne veut pas forcément dire « recommencer comme avant »
C’est peut-être l’idée la plus importante de cet article. Après un cancer, on entend souvent : « J’aimerais redevenir comme avant. » Et je comprends vraiment ce souhait. Mais parfois, vouloir absolument retrouver exactement la sexualité d’avant met encore plus de pression. Parce que le corps a changé, les sensations ont parfois changé, les besoins aussi. Alors on peut essayer autre chose. Au lieu de demander : « Comment faire pour recommencer comme avant ? », on peut se demander : « Qu’est-ce qui pourrait me faire du bien aujourd’hui ? » Cela peut être un câlin, des caresses, un massage, dormir enlacés, se toucher sans aller plus loin, retrouver certaines sensations, redécouvrir ce qui est agréable maintenant. La sexualité n’est pas uniquement la pénétration, et parfois, le désir revient justement quand on arrête de lui demander de revenir.
Vous vous reconnaissez dans ces difficultés ?
La sexothérapie peut vous aider à retrouver progressivement vos repères, sans objectif de performance et à votre rythme.
Retrouver de l’intimité sans avoir peur que cela mène forcément à un rapport
Certaines femmes me décrivent aussi quelque chose de très concret : elles ont envie de tendresse, mais elles évitent les gestes affectueux parce qu’elles ont peur que leur partenaire les interprète comme une invitation sexuelle. Alors on commence à éviter le câlin, puis les bisous, puis le toucher. Et finalement, toute l’intimité disparaît. Pouvoir dire clairement : « J’ai envie que tu me prennes dans tes bras, mais je n’ai pas envie d’aller plus loin. » peut sembler très simple. Mais cela peut être extrêmement sécurisant, parce qu’on retrouve le droit d’avoir envie de proximité sans avoir automatiquement envie de sexe. Et quand cette pression disparaît, quelque chose peut progressivement se détendre.
Et le/la partenaire dans tout ça ?
Lui aussi peut être perdu. Il peut avoir peur de faire mal, de toucher une cicatrice, d’être maladroit, de montrer son désir et que cela soit vécu comme une pression, ou, au contraire, peur que l’absence de sexualité signifie que le couple est en train de disparaître. Alors chacun essaie parfois de protéger l’autre, et chacun se tait. Elle pense : « Il ne me touche plus parce qu’il ne me trouve plus attirante. » Lui pense : « Je ne la touche plus parce que j’ai peur de lui faire mal. » Et au milieu, une distance peut s’installer alors que les deux personnes essaient finalement de faire attention l’une à l’autre. C’est aussi pour cela que remettre des mots sur ce qui se passe peut être tellement important.
Ce que j’observe en consultation
Lorsque la sexualité est bouleversée par une maladie ou un changement du corps, le désir de retrouver vite quelque chose de familier est souvent fort. « Je veux redevenir comme avant. » Mais ce « comme avant » peut devenir une exigence. Car il s’est passé quelque chose : une maladie, des traitements, peut-être une chirurgie, de la peur ou de la fatigue. Parfois, le couple a aussi changé : le partenaire amoureux est devenu aidant, la personne désirée quelqu’un dont on prenait soin. Il faut alors retrouver peu à peu une autre place : ni malade ni aidant, mais deux partenaires. Je préfère donc demander : « Quelle sexualité pourrait vous convenir aujourd’hui ? » Pas celle d’avant, ni celle qu’il faudrait avoir ou imaginer normale. La vôtre, aujourd’hui.
Quand peut-on se faire accompagner ?
Il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation devienne très difficile. La sexothérapie peut avoir du sens si :
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votre désir a fortement diminué ;
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vous ne reconnaissez plus votre sexualité ;
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vous avez du mal avec votre nouveau rapport au corps ;
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vous avez peur du regard de votre partenaire ;
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vous évitez progressivement toute forme d’intimité ;
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vous appréhendez les rapports ;
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vous vous forcez pour préserver votre couple ;
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vous ne savez plus comment parler de sexualité avec votre partenaire ;
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vous souhaitez retrouver une vie intime après les traitements.
La sexothérapie ne remplace évidemment pas le suivi médical, gynécologique ou oncologique ! Son rôle est différent. Elle peut permettre de travailler sur le désir, le rapport au corps, les peurs, les sensations, les représentations de la sexualité, la communication dans le couple et la reprise progressive d’une intimité qui respecte vos limites. Il n’y a pas de délai pour « retrouver sa sexualité », pas de calendrier à respecter. Certaines femmes retrouvent rapidement du désir, d’autres ont besoin de plusieurs mois. Pour certaines, la sexualité ne redevient pas exactement comme avant. Elle devient différente. Et différent ne veut pas forcément dire moins bien ! L’objectif n’est pas de retrouver une norme, mais de retrouver une sexualité dans laquelle vous pouvez de nouveau vous sentir présente, libre et en sécurité. Une sexualité qui vous ressemble aujourd’hui.
Besoin d’être accompagnée ?
Je vous reçois en sexothérapie à Thiant, près de Valenciennes.
Questions fréquentes
Retrouver une vie intime qui vous ressemble
Si le cancer du sein ou ses traitements ont bouleversé votre désir, votre rapport au corps ou votre sexualité, vous n’avez pas besoin de retrouver immédiatement « la femme que vous étiez avant ». Vous pouvez prendre le temps de découvrir celle que vous êtes aujourd’hui et de reconstruire, à votre rythme, une intimité dans laquelle vous vous sentez de nouveau en sécurité.
Je vous accompagne en sexothérapie à Thiant, près de Valenciennes, autour du désir, du rapport au corps, de l’intimité et de la sexualité après la maladie.