« Il faut que je tienne plus longtemps. » La pensée arrive parfois avant même que le rapport ait réellement commencé. Puis viennent les calculs. Ne pas trop s’exciter, essayer de penser à autre chose, surveiller ses sensations, ralentir, se retenir. Et surtout : ne pas éjaculer trop vite. Le problème, c’est qu’à force de vouloir contrôler chaque seconde, la sexualité peut progressivement devenir une épreuve. On ne profite plus vraiment de ce qui se passe, on vérifie si « ça tient ». Et lorsqu’une éjaculation arrive plus rapidement que souhaité, la conclusion tombe : « Encore raté. » L’éjaculation précoce — appelée aussi éjaculation prématurée dans les recommandations médicales — ne se résume pourtant pas à une simple question de chronomètre. Les recommandations françaises prennent notamment en compte la difficulté persistante à retarder l’éjaculation, le sentiment de perte de contrôle et la souffrance ou l’insatisfaction que cela provoque. Et chez certaines personnes, le stress et la peur de l’échec finissent justement par entretenir le problème.
Éjaculation précoce : est-ce simplement une question de durée ?
Pas vraiment. Il n’existe pas une durée idéale que chaque rapport devrait atteindre pour être considéré comme « réussi ». Pourtant, beaucoup de personnes arrivent en consultation avec une mesure très précise en tête. Deux minutes, cinq minutes, dix minutes, comme si la qualité de toute leur sexualité pouvait se résumer à cette durée. Or le vécu compte énormément. Une personne peut éjaculer rapidement sans en souffrir et vivre une sexualité satisfaisante. Une autre peut ressentir une perte de contrôle importante, de la frustration ou commencer à éviter les rapports. C’est dans cette deuxième situation que la difficulté devient réellement problématique, et parfois, la souffrance ne vient pas uniquement de l’éjaculation elle-même. Elle vient aussi de tout ce que la personne finit par penser sur elle-même : « Je ne suis pas à la hauteur. » « Je ne sais pas satisfaire mon ou ma partenaire. » « Ça va encore arriver. » « Je vais le ou la décevoir. » À partir de là, la sexualité n’est plus seulement un moment à vivre. Elle devient un examen à réussir.
Pourquoi le stress peut-il aggraver l’éjaculation précoce ?
Imaginez que, pendant toute une relation sexuelle, une partie de votre cerveau surveille en permanence votre niveau d’excitation. Vous êtes à la fois dans le rapport et à l’extérieur de celui-ci, vous observez, vous contrôlez, vous anticipez, et vous vous demandez : « Est-ce que je vais tenir ? ». Cette hypervigilance peut rendre beaucoup plus difficile l’écoute fine des sensations corporelles.
Or les recommandations françaises sur l’éjaculation prématurée identifient justement l’anxiété de performance comme un élément important de la prise en charge, parce qu’elle peut participer à l’apparition ou au maintien de la difficulté. Le problème n’est donc plus uniquement : « J’éjacule trop vite. » Il devient aussi : « J’ai peur que cela arrive. »
Quand la sexualité devient une performance
Beaucoup de personnes ont appris une sexualité très centrée sur la performance. Avoir une érection suffisamment ferme, la maintenir, pénétrer, tenir longtemps, faire jouir l’autre, et idéalement savoir exactement comment s’y prendre, sans jamais montrer d’hésitation. Avec un programme pareil, difficile de rester détendu·e. Une relation sexuelle peut alors être évaluée avec deux catégories : réussie ou ratée. Et l’éjaculation devient parfois le moment qui décide de tout. Pourtant, la sexualité ne s’arrête pas nécessairement lorsqu’une personne éjacule. Le plaisir du ou de la partenaire ne dépend pas non plus uniquement de la durée d’une pénétration. Caresses, stimulation manuelle ou orale, sensualité, communication, jeux sexuels : la sexualité offre beaucoup plus de possibilités. Sortir de l’idée : « Je dois tenir pour satisfaire l’autre » permet déjà de remettre un peu d’air dans la sexualité.
Vous avez l’impression de devoir contrôler chaque rapport ?
La sexothérapie peut vous aider à comprendre ce qui entretient cette pression et à retrouver une sexualité davantage centrée sur les sensations que sur la performance.
Penser à autre chose pour tenir plus longtemps : est-ce une bonne stratégie ?
C’est une technique que beaucoup de personnes essaient spontanément. Penser au travail, faire des calculs, réciter quelque chose mentalement, essayer de couper son excitation. Cela peut parfois retarder momentanément l’éjaculation. Mais il y a un paradoxe : pour ne pas éjaculer, on finit par essayer de ne plus être vraiment présent·e dans sa sexualité. On cherche à ne pas sentir. Alors que le travail sexothérapeutique peut justement viser l’inverse
: mieux reconnaître ce que l’on ressent, repérer progressivement la montée de l’excitation, différencier les différents niveaux de sensations... Les recommandations françaises intègrent d’ailleurs l’accompagnement psychosexologique et les approches cognitivo-comportementales centrées sur la sexualité parmi les modalités de prise en charge de l’éjaculation prématurée. L’objectif n’est donc pas nécessairement de moins ressentir. Il peut être d’apprendre à ressentir plus précisément.
Et le ou la partenaire dans tout ça ?
L’éjaculation précoce est souvent vécue comme un problème individuel. Pourtant, elle se déroule dans une relation sexuelle, et ce qui se passe entre les partenaires compte. Une personne peut avoir tellement peur de décevoir qu’elle n’ose plus parler de ce qu’elle ressent. De son côté, le ou la partenaire peut également hésiter : « Est-ce que je peux en parler sans le ou la blesser ? » « Est-ce que je dois faire comme si ça ne me dérangeait pas ? » « Est-ce qu’il ou elle pense encore à mon plaisir ? » Le silence peut alors rajouter encore de la pression. Alors qu’une sexualité satisfaisante peut se construire autrement : parler de ce qui fait du bien, diversifier les pratiques, arrêter de faire de la pénétration le centre obligatoire de chaque rapport. Prendre le temps avant, continuer après une éjaculation si les deux partenaires en ont envie. Les recommandations françaises encouragent d’ailleurs, lorsque cela est possible et pertinent, l’implication du ou de la partenaire dans la prise en charge.
Peut-on apprendre à mieux réguler son excitation ?
Oui, un travail est possible, mais pas nécessairement en essayant de « bloquer » l’éjaculation au dernier moment. L’un des objectifs peut être d’apprendre à reconnaître plus tôt la montée de l’excitation, observer, ralentir, modifier la stimulation, faire une pause... Ce travail demande de sortir progressivement du mode « contrôle absolu » pour aller
vers quelque chose de plus fin : « je reconnais ce qui se passe dans mon corps et j’apprends à m’y adapter. » Cela demande souvent de la pratique, et surtout, cela fonctionne beaucoup mieux lorsqu’on retire progressivement la honte et l’idée qu’il faudrait être « performant·e » immédiatement.
Ce que j’observe en consultation
Quand une personne consulte parce qu’elle « éjacule trop vite », elle arrive souvent avec un objectif très clair : tenir plus longtemps. Mais si on ne travaille que sur le temps, on risque parfois de passer à côté du reste. Je m’intéresse aussi à : Quand la difficulté a-t-elle commencé ? Est-elle présente depuis le début de la vie sexuelle ou est-elle apparue plus tard ? Arrive-t-elle dans toutes les situations ? Comment la personne vit-elle la montée de son excitation ? Que se passe-t-il dans sa tête pendant le rapport ? Existe-t-il une peur de perdre l’érection ? Quelle place occupe la pénétration dans la sexualité ? Comment le ou la partenaire réagit-il ou elle ? Y a-t-il encore du plaisir… ou surtout du contrôle ? Parce qu’il n’existe pas une seule éjaculation précoce. Et il n’existe donc pas une seule manière de l’accompagner. Parfois, le travail porte beaucoup sur l’apprentissage des sensations et la régulation de l’excitation. Parfois, l’anxiété de performance prend énormément de place. Parfois encore, une difficulté érectile est associée et doit être explorée : les recommandations françaises précisent notamment qu’une dysfonction érectile associée doit être prise en compte dans la stratégie de traitement.
Quand consulter pour une éjaculation précoce ?
Il peut être utile de consulter lorsque :
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vous avez régulièrement l’impression de ne pas pouvoir retarder votre éjaculation ;
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cette situation vous fait souffrir ;
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vous appréhendez les rapports sexuels ;
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vous évitez certaines situations intimes ;
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votre estime de vous-même est touchée ;
- cela crée des tensions avec votre partenaire ;
- vous avez développé une forte anxiété de performance ;
- la difficulté est apparue récemment alors qu’elle n’existait pas auparavant ;
- d’autres difficultés sexuelles, notamment érectiles, sont également présentes.
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Lorsqu’une éjaculation précoce apparaît secondairement ou s’accompagne d’autres symptômes, une évaluation médicale peut également être indiquée afin de rechercher d’éventuels facteurs associés. Les prises en charge peuvent être sexologiques et, selon les situations, médicales ou médicamenteuses.
Quand envisager une thérapie de couple ?
Il n’est pas nécessaire d’attendre la dernière crise. Un accompagnement peut être utile lorsque :
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vous vous disputez toujours sur les mêmes sujets ;
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vous n’arrivez plus à vous parler sans vous blesser ;
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vous avez l’impression de vivre davantage comme des colocataires ;
- la tendresse ou la sexualité ont presque disparu ;
- l’un ou les deux partenaires se sentent seuls dans la relation ;
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vous hésitez entre rester et partir ;
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vous voulez essayer de réparer le lien mais ne savez plus comment.
La thérapie de couple ne consiste pas à déterminer qui a raison. Elle permet d’observer le fonctionnement du couple et ce que chacun vient, parfois sans le vouloir, entretenir dans cette dynamique.
Vous aimeriez sortir du cercle
En sexothérapie, nous pouvons travailler sur vos sensations, l’anxiété de performance et votre manière de vivre la sexualité, sans réduire le problème à un chronomètre.
Retrouver une sexualité dans laquelle vous n’avez plus à « assurer »
Il y a parfois une question très simple derrière l’éjaculation précoce : qu’est devenue votre sexualité depuis que vous essayez de contrôler votre éjaculation ? Est-ce encore un espace de plaisir ? De jeu ? De proximité ? De sensations ? Ou principalement un endroit où vous essayez de prouver quelque chose ? Travailler sur l’éjaculation précoce ne consiste donc pas seulement à gagner des minutes. Cela peut aussi permettre de retrouver une sexualité dans laquelle on peut être présent·e sans surveiller constamment sa performance. Parce que finalement, l’objectif n’est pas de devenir imbattable au chronomètre. C’est de pouvoir à nouveau vivre le rapport plutôt que le mesurer.
Questions fréquentes
Vous n’avez pas besoin de vivre chaque rapport comme un test
L’éjaculation précoce peut finir par prendre énormément de place dans la tête, dans l’estime de soi, dans la relation, et parfois davantage encore que dans la sexualité elle-même. Comprendre ce qui se joue permet progressivement de sortir de cette logique de performance et de retrouver davantage de liberté dans les rapports.
Je vous accompagne en sexothérapie à Thiant, près de Valenciennes, ainsi qu’en visioconférence, autour de l’éjaculation précoce, de l’anxiété de performance et des difficultés sexuelles.