« Moi, je veux encore nous sauver, mais mon ou ma partenaire ne sait même plus s’il ou elle en a envie. » C’est probablement l’une des positions les plus douloureuses dans lesquelles un couple puisse se retrouver : d’un côté, une personne qui veut essayer, qui cherche des solutions, qui propose de parler, qui promet parfois de changer, qui voudrait retrouver les sentiments, la complicité, la sexualité d’avant, et de l’autre, une personne qui répond : « Je ne sais plus. » « Je n’ai plus la force. » « Je ne ressens plus la même chose. », ou parfois simplement « J’ai besoin de distance. » Alors celle qui veut sauver la relation redouble souvent d’efforts. Mais plus elle essaie de rapprocher, plus l’autre semble s’éloigner. La question devient alors obsédante : peut-on vraiment sauver son couple quand un seul des deux veut encore essayer ? La réponse n’est malheureusement ni un oui ni un non immédiat, parce qu’avant de chercher à « sauver » la relation, il faut comprendre où chacun·e en est réellement.
Quand l’un·e veut sauver le couple et que l’autre ne sait plus
Il y a une différence importante entre : « Je ne veux plus de cette relation. » et « Je ne sais plus si je veux continuer cette relation. » De l’extérieur, les deux peuvent sembler très proches, et pour la personne qui les entend, elles font d’ailleurs souvent aussi mal. Mais dans le travail de couple, cette nuance compte énormément. Certaines personnes ont pris intérieurement une décision depuis longtemps, d’autres sont épuisées, blessées ou tellement déconnectées qu’elles ne savent plus ce qu’elles ressentent. Certaines aiment encore leur partenaire mais ne veulent plus continuer de la même manière, d’autres ne savent plus distinguer « Je ne ressens plus rien » de « Je ne ressens plus rien au milieu de tout ce que nous vivons actuellement. » Ce n’est pas la même chose, et c’est justement pour cela qu’essayer de convaincre immédiatement l’autre de rester fonctionne rarement.
Plus vous essayez de retenir l’autre, plus il ou elle peut avoir besoin de s’éloigner
Quand on sent une relation nous échapper, le réflexe est souvent d’agir : parler davantage, envoyer des messages, demander « Tu m’aimes encore ? », proposer une soirée, une thérapie, un voyage, promettre que tout va changer. Et derrière tous ces comportements, il y a souvent quelque chose de très humain : la peur de perdre l’autre. Mais pour la personne qui doute déjà de la relation, cette urgence peut être vécue comme une pression supplémentaire : elle n’a plus seulement à comprendre ce qu’elle ressent, elle doit aussi rassurer, répondre, décider, donner de l’espoir ou annoncer qu’elle n’en a plus. Un cercle peut alors apparaître : plus l’un·e cherche à se rapprocher → plus l’autre se sent sous pression → plus il ou elle s’éloigne → plus la première personne panique → plus elle cherche à se rapprocher. Et progressivement, les deux partenaires ne parlent même plus réellement de leur relation, ils/elles réagissent surtout à la peur de la perdre.
« Il ou elle ne veut plus faire l’amour » : est-ce que le couple est déjà fini ?
Pas nécessairement. Et c’est là que la sexualité peut brouiller encore davantage la lecture de la situation : lorsque la relation traverse une crise, l’un des premiers changements observés peut être la disparition de la sexualité. Moins de désir, moins de gestes tendres, moins de contacts, parfois plus aucun rapport. Pour la personne qui veut sauver le couple, cette absence peut être vécue comme une confirmation : « Il ou elle ne me désire plus, donc il ou elle ne m’aime plus. » Mais le désir sexuel ne fonctionne pas comme un thermomètre exact des sentiments : il peut diminuer lorsqu’il existe de la colère, de la fatigue, des blessures non réparées, un sentiment de pression, une perte de sécurité émotionnelle, une sexualité devenue routinière, des rapports vécus davantage comme une attente que comme une envie, ou simplement une très grande distance dans la relation. Inversement, il est aussi possible de continuer à ressentir du désir pour quelqu’un alors que la relation ne fonctionne plus. Sexualité, désir, attachement et projet de couple sont liés… mais ils ne sont pas identiques. C’est précisément ce qui rend certaines situations si difficiles à comprendre seul·es.
Votre sexualité a disparu en même temps que votre couple s’est éloigné ?
En thérapie de couple, nous pouvons regarder ce qui se joue dans votre relation et dans votre intimité, sans réduire le problème à la fréquence des rapports ou à la seule question du désir.
Quand le manque de sexualité devient lui-même un conflit
Un autre cercle est fréquent : l’un·e aimerait davantage de sexualité, l’autre beaucoup moins. La première personne se sent rejetée, elle réclame davantage de proximité. L’autre ressent cette attente comme une pression. Alors son désir diminue encore. Puis les gestes tendres deviennent eux-mêmes compliqués, parce qu’un câlin peut être interprété comme : « Il ou elle va encore vouloir aller plus loin. » La personne commence alors parfois à éviter même la tendresse, et l’autre vit cet évitement comme un rejet supplémentaire. On arrive progressivement à une situation dans laquelle : l’un·e réclame de la proximité parce qu’il ou elle se sent loin, tandis que l’autre prend de la distance parce qu’il ou elle se sent sous pression. Le problème n’est alors plus uniquement sexuel: il est devenu relationnel et sexuel en même temps. C’est justement l’un des intérêts d’une approche qui articule thérapie de couple et sexologie : ne pas regarder la sexualité comme un problème isolé du reste de la relation.
Peut-on retrouver du désir quand il a disparu dans le couple ?
Parfois oui, mais pas en exigeant qu’il revienne, et pas forcément en commençant par la sexualité. C’est d’ailleurs l’un des paradoxes : lorsque le désir a disparu, le couple peut immédiatement chercher « Comment faire pour refaire l’amour ? », alors que la question peut parfois être « Qu’est-ce qui s’est passé entre nous pour que cette proximité soit devenue si difficile ? » Y a-t-il encore de la sécurité ? De la tendresse sans attente sexuelle ? Du ressentiment ? Des blessures ? Une sensation d’être compris·e ? Du plaisir à être ensemble ? Une place pour les besoins de chacun·e ? Le désir ne se commande pas, mais on peut regarder les conditions dans lesquelles il a cessé d’avoir de la place. Et c’est souvent beaucoup plus intéressant que de chercher immédiatement une technique pour le « relancer ».
« Je suis prêt·e à tout changer » : attention à l’urgence
Quand l’autre annonce qu’il ou elle ne sait plus si la relation peut continuer, il arrive que tout devienne soudain très clair. Ce qui était repoussé depuis des mois devient urgent : « Je vais changer. » « Je vais faire des efforts. » « Je vais davantage communiquer. » « On peut retrouver notre sexualité. » Ces prises de conscience peuvent être sincères, mais la personne qui s’est éloignée peut parfois penser : « Pourquoi maintenant ? » Et c’est une question importante, parce que sauver son couple ne consiste pas seulement à multiplier les promesses au moment où l’on risque de perdre l’autre. Il faut parfois regarder ce que chacun·e a vécu avant d’arriver à ce point : ce qui a été demandé, ce qui n’a pas été entendu, ce qui a blessé, ce qui s’est répété, et ce qui serait réellement susceptible de changer. C’est précisément là qu’un espace accompagné peut devenir différent d’une énième conversation à la maison.
Ce que j’observe en consultation
Lorsque deux personnes arrivent avec des positions très différentes, je ne pars pas du principe que mon travail consiste à convaincre celle qui doute de rester. Ce n’est pas le rôle d’une thérapie de couple. Je cherche d’abord à comprendre où en est chacun·e aujourd’hui ? L’un·e veut-il ou elle réellement réparer la relation, ou surtout éviter la séparation ? L’autre a-t-il ou elle réellement pris une décision ou est-ce encore de l’ambivalence ? Qu’est-ce qui a usé le lien ? Depuis quand ? Que reste-t-il entre les deux partenaires ? Que s’est-il passé dans leur intimité ? Comment chacun·e vit la sexualité aujourd’hui ? Les gestes tendres sont-ils encore possibles ? Y a-t-il encore de la curiosité pour l’autre ? Et, surtout, les deux personnes sont-elles disposées à regarder honnêtement ce qui s’est passé entre elles ? Ce n’est pas tout à fait la même question que : « Est-ce que vous voulez absolument rester ensemble ? » Et parfois, cette distinction permet enfin de commencer à travailler sur la vraie situation plutôt que sur la panique qu’elle provoque.
La thérapie de couple sert-elle forcément à sauver le couple ?
Non, et c’est important de le dire. La thérapie de couple n’est pas une machine destinée à empêcher toutes les séparations. Elle peut permettre de comprendre ce qui s’est installé dans la relation, ce qui peut évoluer, ce qui ne peut peut-être plus l’être, et ce que chacun·e souhaite réellement. Dans certains couples, ce travail permet de retrouver un lien que les partenaires pensaient perdu, dans d’autres, il permet surtout de sortir de mois d’incertitude, et parfois, comprendre la relation est nécessaire avant même de savoir ce que l’on veut en faire. La recherche récente sur les couples dans lesquels les partenaires n’ont pas le même niveau d’engagement parle d’ailleurs de « mixed-agenda couples » : deux personnes peuvent venir ensemble en consultation sans chercher exactement la même chose. L’une peut venir en pensant : « Comment sauver notre couple ? » pendant que l’autre pense : « Est-ce que j’ai encore envie d’essayer ? » Faire comme si ces deux questions étaient identiques risquerait de passer à côté de l’essentiel.
Vous ne savez même plus si vous venez pour réparer votre couple ou savoir s’il reste quelque chose à réparer ?
C’est justement une question qui peut être travaillée en séance.
Faut-il attendre que les deux aient envie de sauver le couple pour consulter ?
Non nécessairement. En revanche, il faut au minimum que chacun·e puisse accepter de venir regarder ce qui se passe. Une personne peut arriver très motivée, l’autre beaucoup plus sceptique, mais cela n’empêche pas forcément le travail. Ce qui compte surtout est de ne pas faire semblant que les deux partenaires sont au même endroit. Parce qu’une séance dans laquelle l’un·e cherche désespérément à convaincre l’autre de rester n’est pas la même chose qu’une séance dans laquelle les deux cherchent à comprendre leur fonctionnement. Et parfois, avant de travailler sur la communication, la sexualité ou la reconnexion, il faut simplement savoir : « Qu’est-ce que chacun·e est réellement venu·e chercher ici ? »
Et si mon ou ma partenaire refuse totalement de venir ?
Vous ne pouvez pas obliger quelqu’un à vouloir sauver une relation, et vous ne pouvez pas non plus effectuer seul·e tout le travail d’un couple. Vous pouvez réfléchir à votre propre position, à vos comportements, à vos limites, à vos besoins, à ce que vous accepteriez de modifier. Mais une relation se construit à deux. Si votre partenaire refuse catégoriquement tout échange et tout travail sur la relation, cette information doit elle aussi être regardée. Cela ne donne pas automatiquement la réponse à votre avenir, mais cela fait partie de la réalité de votre couple aujourd’hui.
Questions fréquentes
Vous n’avez peut-être pas besoin de sauver votre couple tout de suite
Lorsque l’on sent l’autre s’éloigner, on veut une réponse rapidement : « Est-ce qu’on reste ensemble ? » « Tu m’aimes encore ? » « Est-ce qu’on peut sauver notre couple ? » Mais parfois, vouloir obtenir cette réponse trop vite empêche justement de comprendre comment vous en êtes arrivé·es là. Avant de savoir si votre couple peut repartir, il peut être nécessaire de regarder : ce qui a été abîmé, ce qui est encore vivant, ce qui s’est passé dans votre intimité, ce que chacun·e ressent aujourd’hui, et ce que vous êtes réellement prêt·es à travailler. C’est souvent à partir de là que quelque chose devient enfin plus clair.
Je vous accompagne en thérapie de couple à Thiant, près de Valenciennes, avec une approche intégrant également les questions de désir, sexualité, intimité et difficultés sexuelles au sein du couple.